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La schizophrénie, quand penser à une origine virale ? par Patrick Lambert

 

 

Suzanne, 24 ans, journaliste très active et très performante, soudainement se sent faible, se met à pleurer sans raison. Un crise d’épilepsie survient et motive son hospitalisation. Au décours de la crise le discours est délirant : son père veut la tuer ; elle est espionnée ; elle a des pouvoirs surhumain comme faire vieillir les gens par la force de son esprit. En quelques semaines, malgré les traitements, elle rentre dans un état catatonique. Le bilan est sans appel : encéphalite auto-immune ayant provoqué une schizophrénie catatonique. Cette maladie à auto-anticorps est rare, mais de bon pronostic, et Suzanne se rétablit grâce à l’immunothérapie.

Il existe une douzaine de maladies auto-immunes s’attaquant au cerveau. Récemment j’ai eu à soigner une encéphalite à auto-anticorps thyroïdiens chez une jeune de 20 ans. Comment ce type de pathologie est-il possible ? Dans la littérature scientifique, il existe de nombreuses descriptions de psychoses d’origine infectieuse. La plus célèbre est celle décrite lors de la grippe espagnole de 1918 – 1919. Le tréponème de la syphilis est connu également pour provoquer dépression et psychose au stade évolué de neuro-syphilis. Même la toxoplasmose fait partie de la liste des suspects pouvant déclencher une schizophrénie. Enfin, récemment, la COVID 19 a été pourvoyeuse de complications psychotiques dans le monde entier. ​L’infection virale peut aussi être délétère par personne interposée. La grippe H1N1 de la mère pendant la grossesse rend vulnérable sa progéniture face au risque de schizophrénie.

Comment expliquer ce phénomène ? Le cerveau est réputé protégé par la barrière hémato-encéphalique. Mais en cas d’inflammation grave de l’organisme, cette barrière naturelle peut avoir des zones de faiblesse. Les auto-anticorps du flux sanguin peuvent alors se retrouver dans le liquide céphalo-rachidien, et bloquer les synapses au niveau de ses récepteurs (ici il s’agit de récepteurs au glutamate), altération retrouvées habituellement chez les schizophrènes.

La maladie psychotique auto-immune ressemble à une schizophrénie classique, mais certains signes peuvent donner l’alarme, comme l’existence, en plus des signes classiques, de crises avec mouvements anormaux et convulsions, comme dans le cas de Suzanne. Le diagnostic passe alors par le recherche de ces fameux auto-anticorps à l’occasion d’une ponction lombaire.

Même si cet examen est désagréable, il peut apporter un soulagement énorme, car l’immunothérapie est efficace rapidement, pour une maladie réputée chronique et handicapante.

Patrick Lambert

Psychiatre, praticien hospitalier au CHU de Nantes, diplômé en médecine légale, responsable du Centre d’Activité Thérapeutique à Temps Partiel du secteur 1 de l’agglomération nantaise, psychothérapeute fondateur de la psychagogie scotocentrée, auteur de “L’analyse psychagogique des rêves”, éditions Fabert.

Directeur et formateur E3PI en Psychopathologie et Analyse psychagogique des rêves.

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