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Dépression et art-thérapie : se remettre en mouvement grâce au collage

L’accompagnement des troubles dépressifs majeurs soulève de façon singulière la question de l’accès à l’expérience subjective. Le ralentissement psychique, l’appauvrissement associatif et le retrait relationnel caractéristiques de ces états rendent fréquemment l’élaboration verbale difficile, parfois momentanément impossible.

Dans ce contexte, l’art-thérapie offre un appui clinique précieux — non comme substituts à la psychothérapie, mais comme voies complémentaires vers les processus de symbolisation.

Parmi les médiations artistiques, le collage se distingue par des caractéristiques qui le rendent particulièrement adapté à la clinique de la dépression. Soutenu par plusieurs travaux en art-thérapie et en psychologie de la santé, son usage permet d’articuler trois axes thérapeutiques essentiels : la remise en mouvement psychique, la restauration narcissique et le travail de mise en lien. C’est à partir de ce double éclairage — clinique et scientifique — que Florence Villars Martihno, psychanalyste, art-thérapeute et formatrice en art-thérapie intégrative et analytique, se propose d’explorer la place du collage dans l’accompagnement thérapeutique des états dépressifs.

Art-thérapie et dépression : quand la parole devient difficile

L’expérience dépressive est souvent décrite comme une traversée du vide. Le temps s’y ralentit, la pensée se fige, l’élan vers le monde s’efface progressivement. Ce qui faisait autrefois sens devient lointain ou inaccessible, et la parole elle-même peut perdre sa capacité à relier l’expérience intérieure à un interlocuteur.

Face à cet appauvrissement du mouvement psychique, les médiations artistiques ouvrent une voie singulière : elles permettent de travailler en deçà des mots, en s’appuyant sur la sensorialité, le geste et la forme.

Parmi elles, le collage occupe une place à part, en raison de sa simplicité apparente autant que de la profondeur des processus qu’il mobilise.

Les effets thérapeutiques de l’art-thérapie sur la dépression

Les recherches internationales consacrées à l’art-thérapie montrent de manière convergente que la pratique artistique, lorsqu’elle s’inscrit dans un cadre thérapeutique structuré, contribue à la réduction des symptômes dépressifs et à l’amélioration de la qualité de vie.

Ces effets ne se limitent pas à un mieux-être subjectif : ils s’accompagnent également de modifications physiologiques mesurables, notamment d’une réduction du taux de cortisol, ainsi que d’une restauration progressive du sentiment d’efficacité personnelle.

Créer, même modestement, réintroduit de l’activité là où la dépression impose immobilité et passivité. Mais toutes les formes de création ne sollicitent pas le sujet de la même manière, et le collage présente des qualités particulièrement ajustées à la clinique dépressive.

Pourquoi le collage est une médiation particulièrement adaptée

La feuille blanche est souvent redoutée. Nombre de patients y projettent la crainte de ne pas être capables, de n’avoir rien à produire, ou de ne pas être à la hauteur.

Le collage contourne cette impasse en s’appuyant sur des images déjà existantes. Il n’exige ni maîtrise technique ni performance artistique. Il invite simplement à choisir, découper, déplacer et assembler.

Ce déplacement est cliniquement significatif : il permet d’entrer dans une activité créatrice sans être immédiatement confronté à la question de ses propres compétences. Dans un fonctionnement psychique marqué par la dévalorisation et le doute, cette accessibilité constitue déjà, en elle-même, une forme de soutien narcissique.

Relier des fragments : une expérience symbolique

L’intérêt du collage ne se réduit cependant pas à cette dimension rassurante. Le processus d’assemblage engage un véritable travail de mise en lien qui résonne avec les éprouvés dépressifs.

Beaucoup de patients décrivent un sentiment de morcellement intérieur, l’impression que leur histoire n’est plus continue et que les éléments de leur vie ne tiennent plus ensemble.

Composer une image à partir de fragments épars devient alors une expérience symbolique de réunification. Au-delà de la production esthétique, c’est la possibilité de faire l’expérience concrète qu’une forme cohérente peut émerger à partir de ce qui semblait dispersé.

Remettre la pensée en mouvement

Sur le plan psychique, cette activité sollicite des fonctions précisément mises à mal par la dépression.

Choisir une image plutôt qu’une autre suppose une capacité de décision ; lui attribuer une place dans la composition implique une organisation de l’espace ; modifier l’ensemble engage une pensée en mouvement.

Là où la rumination enferme le sujet dans la répétition du même, le travail de collage introduit des variations, des déplacements et des transformations.

Les modèles théoriques de l’art-thérapie, notamment l’Expressive Therapies Continuum développé par Vija Lusebrink, éclairent ce phénomène : la circulation entre geste, perception et représentation favorise l’intégration des expériences émotionnelles et contribue à réduire les processus ruminatifs.

L’image comme médiation de l’expression des affects

Dans la dépression, ce qui est ressenti demeure souvent difficile à nommer. Les mots peuvent paraître pauvres, inadéquats ou trop exposants.

L’image permet alors de montrer sans dire directement, autorisant une forme de dévoilement protégé.

Le patient peut se reconnaître dans une image, une texture ou une couleur sans avoir à formuler immédiatement ce qui s’y joue pour lui. Les travaux consacrés à l’usage du collage en art-thérapie soulignent combien cette médiation facilite l’engagement dans le processus thérapeutique précisément parce qu’elle respecte le rythme propre du sujet.

L’expérience d’une création achevée

Les états dépressifs s’accompagnent souvent d’un sentiment d’inutilité et d’incapacité qui tend à envahir l’ensemble de la vie psychique.

Voir apparaître une forme dont on est l’auteur, si simple soit-elle, vient contredire cette conviction douloureuse.

Ce qui a été réalisé existe : il peut être regardé, partagé, pensé. Cette expérience, répétée au fil des séances, participe à la restauration progressive de l’estime de soi et du sentiment d’exister comme sujet agissant.

Le collage en groupe : une réouverture au lien

Lorsque le collage est proposé en groupe, une dimension supplémentaire se déploie.

Il devient possible d’être avec les autres sans être contraint de parler, de partager un espace commun tout en restant protégé par la médiation de la création.

Les études consacrées aux dispositifs groupaux montrent que cette forme de présence partagée atténue le sentiment d’isolement et favorise une réinscription progressive dans le lien social.

Une métaphore de la reconstruction psychique

Il serait bien sûr réducteur de supposer que le collage, à lui seul, puisse traiter un trouble dépressif majeur. Son efficacité est indissociable du cadre dans lequel il est proposé, de la qualité de la relation thérapeutique et de son articulation avec l’ensemble de la prise en charge.

Mais lorsqu’il est utilisé de manière cliniquement ajustée, il devient un véritable opérateur de transformation.

Il offre au patient une expérience qui précède parfois la compréhension : celle de pouvoir faire, de pouvoir relier, de pouvoir transformer.

À partir d’éléments discontinus, une forme nouvelle peut émerger. À partir de fragments, une continuité peut se dessiner.

Dans la dépression, où domine souvent la conviction que plus rien ne peut advenir, cette expérience concrète porte une valeur profondément thérapeutique.

Références

  • Hu, J., Zhang, J., Hu, L., Yu, H., & Xu, J. (2021). Art therapy: A complementary treatment for mental disorders. Frontiers in Psychology, 12, Article 686005.
  • Van Lith, T. (2016). Art therapy in mental health: A systematic review of approaches and practices. Arts in Psychotherapy, 47, 9–22.
  • Lusebrink, V. B. (1990). Imagery and visual expression in therapy. Plenum Press.

Florence Villars Martinho

Psychanalyste et art-thérapeute à Toulouse.

Formatrice en art-thérapie intégrative et analytique : prochaine session du 5 ou 8 juin 2026. 

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