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Figures de l’Art, Figures du féminisme : de Frida Kahlo à Niki de Saint Phalle, par Anne-Marie Mormin Mathis

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La question du genre traverse et interpelle les champs de pensée et de réflexion qui concernent l’Humain, de la psychologie, l’anthropologie, la sociologie, la psychanalyse, la médecine, la psychiatrie, en passant par le droit, jusqu’à l’art, en ce que chacun de ces domaines qui se croisent et s’interpénètrent, abordent l’Altérité.

L’Altérité, concept majeur de la théorie adlérienne en ce qu’elle est une théorie du Lien. L’altérité qui nous fait semblable et différent de l’autre.

La différence a été trop longtemps interprétée à partir d’une échelle de valeurs au service d’un pôle dominant, qui s’appuyait sur la supposée infériorité de la Femme et l’hétéronormativité. Les études de genre (apparues il y a une quarantaine d’année) véritables outils épistémologiques, ont démontré de quelles façons s’étaient construites culturellement, historiquement les catégories du Féminin et du Masculin.

Auparavant, des regroupements de femmes, telles les Suffragettes, militaient déjà pour une égalité de droit. D’autres en leur époque, telles Frida Kahlo, Niki de St Phalle, mettaient leur pouvoir créateur au service de la lutte pour l’égalité, déconstruisant les poncifs, et les marqueurs d’identité.

L’art de ces femmes peintres, sculptrices interpelle une éthique du regard. Toutes deux appellent à ce que la femme soit non plus regardée mais considérée. Le pouvoir de l’art, de l’image, distille d’autres représentations de la femme qui subvertissent les stéréotypes de genre et brisent les carcans de la binarité et de la suprématie du masculin.

Frida Kahlo, la fluidité du genre

Frida Kahlo (1907-1954), dans un pays instable politiquement, est une femme révolutionnaire à plusieurs titres.

C’est une militante communiste, défenderesse des droits des individus les plus démunis, des républicains espagnols, porte-parole des femmes écrasées par le patriarcat. Toute son existence sera dédiée à la lutte d’un idéal d’égalité de droits, ses revendications seront portées autant par ses comportements que par ses peintures.

Frida sera toujours à la conquête d’une autonomie financière, difficile à gagner en une époque où les femmes artistes sont peu exposées. La revendication d’une égalité Homme-Femme s’agit dans ses comportements, peu conventionnels, en société : elle sort seule, fume et boit de la Téquila en public, transgressant ainsi les codes sociaux et affirmant que certaines attitudes socio-culturelles ne peuvent être ni l’apanage ni le privilège du mâle dominant.

Elle revêt au quotidien les vêtements traditionnels des Indiennes Tihuana, signifiant ses origines, revendiquant son appartenance à une ethnie fondée sur le matriarcat. Le vêtement, ici symbole et étendard d’une identité, confronte le regard.

Le trait marquant de sa personnalité est la dualité :  sa double origine précolombienne et européenne, sa relation fusionnelle à sa sœur cadette Cristina, amante de son mari Diégo, son amie imaginaire double idéale, sa bisexualité, « la maison -double, deux cubes reliés » où elle vit près de Diégo Rivera, Diégo double hermaphrodique assurant sa complétude, jusqu’à la dualité vie/mort si présente dans son œuvre.

La dualité originelle féminin/masculin, constitutive de l’hermaphrodisme psychique, état de complétude par excellence, par les jeux identificatoires mènent à l’intégration de l’hermaphrodisme psychique, c’est-à-dire à la synthèse des motions antithétiques et à une direction, au choix d’une identité sexuée dont l’unique but est d’assurer une homéostasie adaptative.

Chez Frida Kahlo, le besoin de complétude s’illustre dans différents tableaux, autoportraits dans lesquels une moustache ombre sa lèvre supérieure et la place accordée au végétal, celui-ci ayant le caractère même de l’Hermaphrodisme.


Niki de Saint Phalle

Une des premières artistes féministes en France, se revendiquant comme telle, dans les années 1960 alors qu’elle est quasiment l’unique femme à être exposée. Niki de Saint Phalle (1930 – 2002) est également la seule femme à faire partie du groupe des néo-réalistes. Ses sculptures sont l’expression de son engagement féministe mais également de son militantisme pour l’égalité de droits : droits des afro-américains, droit à l’accès à la culture pour les enfants, droit des personnes atteintes du Sida… Droits des dites « minorités ».

Niki de Saint Phalle propose une relecture des stéréotypes liés au féminin dont le but est l’infériorisation de la Femme et une relecture du corps féminin.

Elle est l’antithèse de sa propre mère blanche, catholique, socialement inscrite dans la supériorité de la bourgeoisie américaine, dont elle dit : « Ma mère, je la voyais comme prisonnière d’un rôle imposé. Un rôle qui se transmettrait de génération en génération selon une ligne traditionnelle jamais remise en question (…) Je n’accepterais pas les limites que ma mère tentait d’imposer à ma vie parce que j’étais une femme ». Des femmes « gardiennes du foyer (…) élevées pour le marché du mariage »  (Connaissance des arts, Niki de Saint Phalle au Grand Palais, Hors-série, N° 638 pp 32-34-40).

Avec « La mariée ou Eva Maria » (1963), elle représente la gangue du mariage, la mélancolie de la réduction de son être même à la soumission d’un mari, une femme sacrifiée. En 1971, elle crée « Le thé chez Angélina » (1971), deux femmes aux regards tristes et aux mains quasiment amputées. Elle se dresse contre la politique du Président Bush qui remet en cause le droit à l’avortement et elle revendique la liberté des femmes à disposer de leur corps dans « Abortion, Freedom or choice », une lithographie de 2001. A l’opposé des stéréotypes, « Les Nanas », des femmes colorées, opulentes et à la fois légères et aériennes, des « créatures joyeuses à la gloire de la femme ». Elle les déclinera sur tous les thèmes, comme « Les nanas au pouvoir » et « Les Nanas noires » contre la ségrégation raciale et le traitement réservé aux femmes noires, ou encore « L’impératrice », une femme-maison pour « inventer une déesse-mère ». (Californian diary, Black is different, 1994, Black Venus). A l’apogée de la création des nanas, elle sculpte en 1966 la femme-cathédrale « Elle », une sculpture-maison de 27 mètres de long et 8 mètres de haut, dont l’entrée se fait par le sexe « porte de vie ».

L’œuvre de Niki de Saint Phalle est selon Kalliopi Minioudaki « une célébration illimitée de la femme ». (Ibid. p42). « Penser le genre », écrit Agnès Vannouvong, offre un espace inouï de réflexion où s’expérimente l’humain et où s’invente l’émancipation des femmes et des hommes ». (A. Vannounong, C’est quoi ton genre ? Ed. L’aube, 2021, p37).


Pour conclure, un clin d’œil à Louise Bourgeois, qui si elle ne s’est pas revendiquée féministe, dit « avoir accompagné le féminisme » et exprimé « l’ambivalence féminin-masculin » qui s’illustre magistralement dans la sculpture nommée « Fillette » (1968).

Louise Bourgeois brouille les codes en associant une représentation de la virilité, phallus érigé, symbole de pouvoir, de force, de domination dévolue au masculin, à un terme féminin, diminutif affectueux pour désigner une enfant qui n’est pas entrée dans la puberté (L’internaute). Il s’agit pour Louise Bourgeois, d’« abolir les catégories instituées » (Connaissance des Arts, Louise Bourgeois, Hors-série n° 354).

 

Anne-Marie Mormin Mathis

Psychologue clinicienne exerçant en Centre Médico Psycho Pédagogique, psychanalyste en cabinet associatif libéral, membre agrée de la Société Française de Psychanalyse Adlérienne, directeure de formation de l’institut sud-ouest de la Société Française de Psychanalyse Adlérienne, didacticienne, ex expert auprès de la cour d’appel de Bordeaux.

Formatrice E3PI en Approche de la psychologie clinique adlerienne.

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