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Le chat, la toxoplasmose et la maladie psychiatrique, par Patrick Lambert

Crédit photo : Sky TV, Eleanor Abernathy, The ‘crazy cat lady’ from The Simpsons.

Une étude russe* montre un certain parallélisme entre deux maladies, la toxoplasmose dans sa forme la plus fréquente, latente, et la schizophrénie. Le chat, comme tous les félidés, est l’animal chez lequel la reproduction sexuée du toxoplasme se fait, les autres animaux à sang chaud (oiseaux et mammifères) ne constituant que des hôtes intermédiaires.

*Ekaterina STEPANOVA et Evgueny MOROZOV, 10/07/2019 dans le journal en ligne PLOS

Que savons-nous sur le chat ?

Le chat fait partie de la famille des félidés, seuls animaux à être hôte définitif du toxoplasme. Cette famille comporte essentiellement des animaux sauvages, lynx, léopard, ocelot, lion, chat des forêts (Vosges et Jura). Le seul animal domestique est le felis catus (chat commun). Il est contaminant par ses selles pendant deux à trois semaines après sa primo-infestation.

Que savons-nous de la toxoplasmose ?

Les animaux à sang chaud se contaminent avec l’eau et la terre souillées. Ainsi en est-il de l’homme qui consomme des fruits et légumes parasités, mais aussi en mangeant des animaux porteurs de kystes. Les formes tachyzoïtes se multiplient dans le tube digestif ; les formes bradyzoïtes dorment dans ces kystes qui se logent dans les tissus nerveux et musculaires de ces hôtes intermédiaires dont nous faisons partie.

Pour se reproduire, le toxoplasme a besoin du tube digestif d’un félidé. Les gamètes mâles n’ont que quelques heures pour féconder les gamètes femelles, et ainsi former les oocystes. Ces œufs vont devenir, deux jours après leur élimination dans les selles, des sporozoïtes, la forme contaminante. Ceux-ci sont alors capable de survivre plusieurs années dans la nature, et finissent ingérés par des ruminants ou des rongeurs.

Les chats ont un avantage sur les autres animaux à sang chaud, celui de ne pas être affecté par la toxoplasmose, tout en la transmettant aux autres, homme compris. Autre avantage, cette parasitose occasionne chez les hôtes intermédiaires, des modifications comportementales, dont les chats tirent bénéfice. Par exemple, les petits rongeurs ne sont plus repoussés par l’odeur d’urine de chat, et deviennent des proies plus faciles ; les loups deviennent plus agressifs, et mènent la meute dans des conduites à risques préjudiciable, ce qui réduit leur espérance de vie. Ce carnivore, qui chasse sur le même territoire que le lynx qui le contamine, voit ainsi sa population affaiblie dans cette concurrence prédatrice. Les hommes contaminés deviennent moins sociables, et investissent plus la relation au chat, parfois dans une relation sadomasochiste. Ce phénomène est en partie expliquée par l’augmentation de la production cérébrale de dopamine et de testostérone lors de la présence de kystes dans le cerveau, principalement dans les amygdales cérébrales, région impliquée dans les émotions. La meilleure illustration est ce qui a été décrit comme le syndrome de « la femme aux chats », classiquement célibataire, et qui consacre sa vie intime à donner de l’affection aux chats. C’est une formulation sexiste, car tout le monde peut en être atteint, sous le terme plus large de syndrome de Noé ; il décrit l’accumulation d’animaux de compagnie. Ce comportement est souvent en relation avec un trouble obsessionnel compulsif (TOC).

Les études épidémiologiques montrent que les réflexes sont plus lents chez les porteurs d’une forme latente de toxoplasmose, ce qui favorise chez l’animal sa prédation, et chez l’humain les accidents, particulièrement de la route, risque multiplié par 2 à 3. Le risque de bipolarité, de TOC et de toxicomanie est également plus élevé. La présence du toxoplasme dans le tissu nerveux provoque une inflammation du système immunitaire, parfois une encéphalite. Le sujet est alors plus vulnérable à la schizophrénie, avec un OR (odd ratio) de 2, ce qui veut dire que le risque d’émergence psychotique est multiplié par deux par rapport à la population non infectée.

Quels sont les parallélismes entre trouble psychiatrique et toxoplasmose ?

Le premier est que les médicaments actifs sur la psychose et la bipolarité inhibent la reproduction du toxoplasme (Haldol®, Dépakine®). Cela conduit à choisir préférentiellement ces médicaments quand les sujets traités ont une séropositivité toxoplasmique.

Le deuxième parallélisme peut être établi entre l’épidémiologie des deux maladies, parasitaire et psychiatrique. Par exemple la toxoplasmose est deux fois moins fréquente en Asie que dans le reste du monde ; or la schizophrénie est aussi deux fois moins fréquente en Asie. Cela peut être rapproché de la densité de population du chat. En Chine il existe 40 chats pour 1 000 habitants ; ce taux est de 125 en Europe.

Un troisième parallélisme est à noter. La répartition statistique de la toxoplasmose lors des tests sérologiques montre une prédominance urbaine. Par exemple, en Norvège, la toxoplasmose est cinq fois plus fréquente à Oslo que dans le reste du pays. Or, à Oslo, l’incidence de la schizophrénie est 3.3 fois celle des autres régions norvégiennes.

Les maladies psychiatriques les plus graves, schizophrénie et bipolarité, surviennent plus fréquemment dans la population séropositive à la toxoplasmose, parasitose dont le vecteur essentiel est le chat. Ces connaissances épidémiologiques permettent d’envisager des mesures préventives, et d’améliorer les traitements psychiatriques quand le toxoplasme est impliqué.

Patrick Lambert

Psychiatre, praticien hospitalier au CHU de Nantes, diplômé en médecine légale, responsable du Centre d’Activité Thérapeutique à Temps Partiel du secteur 1 de l’agglomération nantaise, psychothérapeute fondateur de la psychagogie scotocentrée, auteur de “L’analyse psychagogique des rêves”, éditions Fabert.

Directeur et formateur en Psychopathologie, Analyse psychagogique des rêves, et Psychologie complexe selon Jung.

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